(Test FG – Jeux vidéo) Star Wars: Battlefront EA 2 (PC, Origin via Steam)

En 2017, il y a eu un véritable affront au sujet des boîtes à récompense. Pour plusieurs, Overwatch est le responsable même si c’est objectivement faux si on prend le temps de retracer le coupable. Le coupable est à la tête d’une des plus importantes compagnies de jeux. Il est l’instigateur de ce système qu’est Ultimate Team dans vos jeux de sport.

Star Wars : Battlefront EA 2 fut le jeu idéal pour Andrew Wilson, le patron d’Electronic Arts. Il est celui qui est responsable des modes Ultimate Team et la loterie autour du système de paquets de cartes que vous avez dans vos jeux de sport. La monétisation de ce hasard fut la goutte qui a fait déborder le vase comme la majorité des joueurs fut furieux d’apprendre qu’un jeu Star Wars était conçu pour l’argent. Le hasard faisait en sorte qu’une personne pouvait passer des centaines d’heures à jouer et ouvrir des coffres alors qu’un autre individu pouvait dépenser des centaines de dollars pour avoir un avantage immédiat au niveau statistique et puissance sans même avoir jouer au jeu. Il aura fallu que Disney s’implique pour qu’Electronic Arts retire la monétisation de ces boîtes de récompense pour que Star Wars : Battlefront EA 2 soit jouable pour certains. Hélas, cela ne règle pas le plus gros problème et l’ajout d’une campagne solo n’aide en rien le produit.

Star Wars : Battlefront EA 2 est le deuxième titre dans la réinterprétation de Star Wars : Battlefront par Pandemic. Depuis 2015, Battlefront EA est développé par DICE Stockholm en collaboration avec Criterion (Guildford en Angleterre) et Motive s’est joint à eux en 2017 pour l’ajout de la campagne solo. Tel qu’écrit, l’ajout d’une campagne ne justifie en rien l’achat de Battlefront EA 2 et je vais effectivement marteler sur cet aspect parce que j’aime Star Wars : j’ai grandi avec la trilogie originale sur VHS.

Le jeu est un titre caractérisé comme étant un jeu de tir à troisième/première personne avec des mécaniques de combat au corps-à-corps (héros) ou de tir dans l’espace (ce que Criterion a développé). Les principales batailles dans le mode multijoueur sont reflétées dans la campagne amenant un effet de répétition et de déjà-vu ou même de paresse que nous ne voudrions pas observer. Cette erreur fut déjà observée dans Metroid Prime : Hunters sur Nintendo DS et voir un jeu fait par un développeur spécialisé pour le multijoueur démontre que DICE devait concevoir ses cartes avec le mode solo en tête.

Le synopsis se déroule légèrement avant la destruction de la deuxième Étoile de la Mort alors que l’Escouade Inferno, menée par la Commandante Iden Versio. Vous vous souviendrez de la promotion lors du EA Play 2017 et l’armée de Stormtroopers suivi de Janina Gavankar, l’actrice incarnant Iden Versio. Il y avait cette promesse que nous allions incarner des personnages qui combattent sous la perspective de l’Empire Galactique. Ceci était intéressant puisque cela nous aurait donné une idée par rapport à la naissance du Premier Ordre qui est dans la trilogie de suites à Star Wars. Dès la fin de la troisième mission, le jeu se permet un 180 des plus insultants et je me demande si la promotion n’a pas été faite avec une mauvaise foi. On assiste donc à une campagne générique avec des moments de certains de nos personnages favoris. Ainsi, au lieu d’une campagne réellement sous la perspective de l’Empire durant la domination de Palpatine où Iden aurait pu avoir une conversation unique avec Darth Vader, l’Empereur ou tout autre commandant impérial, nous avons le même genre d’histoire que nous avons dans Star Wars depuis Le Retour du Jedi : la rédemption. C’est du n’importe quoi et du très mauvais fan-service. Pour Star Wars, c’est ce qu’il y a de plus cliché et la seule raison pour laquelle l’histoire n’a pu divulguer plus d’informations au sujet du Premier Ordre, c’est que le titre ne fait pas le pont avec les éléments de The Last Jedi et, encore moins, The Rise of Skywalker. Il y a certainement un dialogue intéressant avec Luke Skywalker qui plante tous ses passages dans la trilogie de suite, mais c’est le seul moment où la campagne solo de Star Wars : Battlefront EA 2 se rappelle que c’est Star Wars. Sinon, la campagne est techniquement à la ramasse avec l’intelligence artificielle qui a plus de fun à faire des toupies derrière des boîtes ou des murs et le système de hitscan fait en sorte qu’on meurt trop rapidement sans savoir ce qui nous atteint et c’est un fléau dans plusieurs jeux de tir (BioShock, Call of Duty, Titanfall, etc.). En sachant le travail fait par Wolfenstein: The New Order par MachineGames et DOOM d’id Software, c’est dur de surpasser ces jeux pour une campagne solo en ce qui me concerne, selon mes préférences soit une expérience mécanique et adrénaline.

Maintenant que nous avons le synopsis hors du champ, concentrons-nous sur le reste. D’abord, le jeu roule très bien sur ma machine suivant l’installation de ma nouvelle carte vidéo et Battlefront EA 2 est une véritable claque visuelle, plus forte que n’importe quel titre que j’ai vu. On ne parle pas de capture de mouvement, mais bien de la reproduction des environnements familiers avec un réel souci du détail jusque-là jamais vu. Oui, la base Echo sur Hoth fut dans Battlefront EA 1, mais le fait de pouvoir apprécier ces séquences de bataille durant la matinée est absolument phénoménal. Que ce soit sur Endor, Naboo et les cartes ajoutées comme Scariff et, ma préférée, Geonosis, Battlefront EA 2 brille de mille lasers grâce à ses éclats de poussière et de sable ou de neige. C’est sans oublier la qualité de la conception sonore et quelques lignes entre les héros dont Darth Tyranus (Comte Dooku) et General Grievous ce qui nous fait rappeler l’interaction entre les personnages d’Overwatch. D’ailleurs, revoir et jouer le personnage interprété par feu Christopher Lee est magnifique et relève d’un excellent hommage à un acteur qui fut l’encyclopédie pour l’une de mes franchises préférées de toutes (Le Seigneur des Anneaux). Concernant General Grievous, on finit par oublier le mauvais traitement qu’il a subi dans l’Épisode III puisqu’il est intimidant, a un semblant de poids et est viscéral. Star Wars : Battlefront EA 2 a une parfaite maîtrise de la conception visuelle et sonore. Le tout est amplifié par la Force grâce au mode Starfighter Assault où les chasseurs de différentes ères de la République sont mis à l’avant-scène et c’est tout simplement magistral.

La meilleure portion du jeu ne fut pas développée par DICE ou Motive. Elle vient de Criterion et réduit presque à zéro le problème réel de Star Wars : Battlefront EA 2. Les combats spatiaux sont à l’image de ce que nous aurions joué au début des années 2000 avec Rogue Squadron et sa suite directe Rogue Leader. Rogue Leader sur Gamecube reste mon expérience Star Wars préféré grâce à l’utilisation du X-Wing, Y-Wing, B-Wing, A-Wing et l’éventuelle possibilité de piloter le Millennium Falcon et, dans des missions alternatives, le TIE Advanced X1. À l’exception du B-Wing, les véhicules mentionnés sont jouables. Oui, il y a le système de héros, mais vous devrez utiliser les points récoltés en faisant l’objectif (oui, il y a un système d’objectif) et en détruisant le plus de chasseurs ennemis ou obstacles. Avec l’ajout de pilotes IA, on a quand même l’impression de faire quelque chose même si le meilleur joueur ou celui qui a joué le plus longtemps peut avoir un avantage statistique. La maîtrise des habiletés des chasseurs et la possibilité d’éviter les lasers et missiles avec nos talents de pilotes est nécessaire et amène un réel sentiment de progression mécanique. L’utilisation des points nous permet l’utilisation d’un chasseur d’un héros allant du X-Wing de Luke ou Poe Dameron en passant par trois versions du Millennium Falcon en plus de l’Intercepteur piloté par Yoda lors de la Guerre des Clones. Du côté obscur, nous avons le Slave I de Boba Fett, le TIE Silencer de Kylo Ren, le Scimitar de Darth Maul et le TIE Advanced X1 de Darth Vader. Bien sûr, vous avez des variantes pour chaque ère de la République en passant par la Guerre des Clones, l’Empire Galactique ou la Résistance contre le Premier Ordre. Et si vous pensiez que le jeu était phénoménal au point de vue visuel et sonore avec Geonosis, vous n’avez rien vu si vous n’avez pas fait une partie sur Kamino.

Vous aurez toujours des problèmes lorsque vous concevez des armes fictives basées sur un système de laser car il est impossible de savoir comment cette arme va réellement réagir. Malheureusement, l’utilisation des armes dans Battlefront EA 2 n’amène pas le même sentiment de satisfaction que nous pourrions avoir comme dans Wolfenstein, Shadow Warrior, DOOM ou même Titanfall 2 (et j’ai joué à Titanfall 2). Pour faire court : le système de tir (gunplay) dans Battlefront EA 2 manque de kick et est complémenté par un système de recharge basée sur la surchauffe. En utilisant un mini-jeu de recharge où, si on sélectionne la bonne couleur, on a la possibilité de tirer plusieurs lasers sans que notre arme surchauffe. Si certaines armes se rechargent plus rapidement et que nous pouvons être jusqu’à 40 joueurs sur une carte, vous pouvez imaginer la déchiqueteuse que représente les combats entre infanterie. Ainsi, on utilise nos armes pour s’entretuer et non de manière stratégique et cela vaut pour nos habiletés actives et passives.

Chaque opérateur ou héros a un ensemble de trois habiletés et le tout peut être modifié avec un système de cartes. Cet équipement qui peut être changé avant la partie nous permet d’adapter nos opérateurs, vaisseaux ou héros afin de répondre à la situation même si cela relève du hasard. Comme certaines options sont meilleures, le tout devient peu stratégique. Étant donné que les cartes sont barrées derrière un système de progression, il faut donc jouer ces unités afin de les monter de niveau pour débloquer ces cartes afin de créer notre équipement passif ou actif (ou un mélange des deux). Ainsi, il y a une différence réelle en termes de statistique et cela blesse tout sentiment de progression ou retire l’incitatif de progresser. Il aurait fallu débloquer ces ensembles dès le début et permettre à tout le monde d’utiliser ce système de cartes. Cela n’empêche pas le joueur d’avoir un peu de fun, mais il faut oublier l’aspect compétitif dans Battlefront EA 2 car il n’a aucun élément favorisant la compétition.

Au niveau personnalisation, elle est complètement absente ce qui signifie qu’on ne peut avoir le visage qu’on conçoit nous-même pour un officier ou Stormtrooper sans casque. C’est dommage car même Battlefront EA 1 avait l’option même si elle était atroce. Oui, les héros ont des costumes différents, mais rien n’est réellement approfondi malgré les références et la qualité de la présentation.

L’utilisation de nos opérateurs est réduite à néant à cause d’un système de cartes, les armes se ressemblent et ça s’assemble et les mécaniques de jeux ne permettent pas la progression naturelle. Comment des gens peuvent-ils penser que les campagnes solo de nos jeux de tir soient excellentes de nos jours? Est-ce que la limite d’arme, l’absence de séquence mécanique, de progression mécanique et éléments de satisfaction liés au système d’arme sont des éléments négatifs? Pour certains critiques, il semble que oui. Ce n’est pas pour rien que j’encense des jeux comme DOOM, Shadow Warrior et Hard Reset. Ce sont des jeux qui comprennent la nécessité d’avoir des mécaniques impeccables avant d’avoir du remplissage.

L’inclusion d’une mauvaise campagne solo est pire que sa non-inclusion puisque sa non-inclusion ne peut être réellement critiquée : il n’y en a juste pas. Le réel problème de Battlefront EA 1 était son système de progression, son mode Starfighter qui était à la ramasse, des modes morts-nés et une option solo trop limitée pour apprendre et jouer le jeu. Cela dit, il y a bien un mode dans Battlefront EA 2 qui est exceptionnel en dehors de Starfighter Assault et c’est Supremacy (Suprématie). On parle ici d’un mode où on capture différents territoires d’une carte et, une fois que c’est fait, on est transportés vers le vaisseau-mère de la flotte pour le détruire où le défendre. La première ronde est une portion similaire au système de conquête alors que l’épilogue permet aux joueurs attaquants de gagner du temps en s’échappant à bord de leurs vaisseaux de transport. Ceux en défense doivent épuiser le temps afin d’empêcher ceux à l’attaque de détruire le générateur principal du vaisseau-mère. Une de mes parties a nécessité quatre rondes complètes pour une partie de près d’une heure et ce fut un carnage, une véritable guerre de champs et frontières. Le plus époustouflant, c’était que nous faisions le tout sur Kamino et j’avais la perspective des Droïdes de Guerre de l’Armée Séparatiste avec Tyranus et Maul accompnés de Droideka (Destrodroïdes) et entendre les répliques entre les unités fut assez pour me garder en haleine et diverti car il y avait non seulement une opportunité de monter les personnages et opérateurs de niveau, mais il y avait un sentiment de compétition où chaque point était stressant à conquérir. Le mode Supremacy fut une addition tardive pour Battlefront EA 2, mais l’ouverture des cartes, le carnage, les batailles, les possibilités stratégiques… Supremacy contient le meilleur du jeu et mérite le détour avec Starfighter Assault.

Malheureusement, ces deux modes ne sont pas assez pour nous sauver des problèmes réguliers. La personnalisation et le système de cartes nuisent à la progression, la campagne solo est un gaspillage de ressource en publicité et conception et le vacarme provoqué par les boîtes à récompense signées Andrew Wilson a certainement fait mal au produit à long terme, pas seulement pour Star Wars, mais EA en général. Je ne blâme pas les gens de ne pas vouloir y jouer et je peux voir les gens qui apprécient le titre. Cependant, il suffirait de retirer l’étiquette de marque qu’est Star Wars et on y trouverait un jeu générique. Il est dommage que le travail de DICE, Criterion et Motive soit réduit à un projet générique à cause d’un éditeur plus intéressé par l’argent plutôt que le consommateur.

Verdict: Star Wars : Battlefront EA 2 est tout ce qui mauvais concernant le jeu vidéo avec le système de service en ligne. Malgré quelques modes intéressants et un travail technique impeccable, il ne vaut pas le détour même si vous aimez Star Wars. À rabais, c’est tout à fait possible. La campagne solo est un gaspillage de talent et ressource.