Le Cyni-Ludique: Le théâtre et la supercherie

Les consommateurs ont la vie dure : le lancement d’Arkham Knight sur PC, les déboires autour de l’engouement sur No Man’s Sky, la débandade technique de Fallout 76, les restrictions sur les critiques de The Last of Us Part II. Comment faire pire? Suffit simplement de coller ces morceaux pour bien faire paraître le reste.

Cet écrit d’opinion fait suite aux multiples rapports des disfonctionnements de Cyberpunk 2077 et l’éventuelle tentative d’excuse par CD Projekt RED. L’auteur a acheté le jeu pour un membre de sa famille et se sent justifié d’informer et critiquer cette industrie qu’il aime.

Cyberpunk 2077 par CD Projekt RED était le jeu le plus attendu de 2020. Dévoilé très tôt durant la dernière décennie alors que The Witcher 3 : Wild Hunt était en développement, le titre développé en Pologne s’est pointé le nez pour la première fois en 2018. En 2019, l’acteur et gentleman de toujours Keanu Reeves est confirmé en tant que personnage dans Night City et, durant la dernière année, plusieurs artisans du Web deviennent des habitants de ce monde ouvert. On a là un jeu avec une grosse machine publicitaire et l’intégrité de CD Projekt RED pour dissiper les doutes car The Witcher 3 existe. Ce jeu devait être « breathtaking ». Des paroles de Bubsy : « What could pawssibly go wrong? » Comme dirait Artie Ziff dans Les Simpsons quand il a fait faillite avec Ziffcorp : la balloune a pêté.

Durant la soirée du 9 décembre, le lancement officiel de Cyberpunk 2077 fut perturbé par de l’achalandage monstre sur Steam et plusieurs utilisateurs (incluant un membre de la famille de l’auteur) furent incapable d’accéder au jeu. Cette même semaine, les critiques étaient tombés sur Cyberpunk et plusieurs avaient recommandé le titre en donnant de hautes notes. Or, certains ont divulgués ne pas pouvoir montrer de séquences comme CD Projekt RED avait un avis de non-divulgation. Ainsi, les problèmes techniques ou récurrents ne pouvaient être diffusés et ceux qui avaient une copie fuitée ont pu en profiter malgré les avis de cessation. Par ailleurs, aucune critique ne fut disponible pour les versions console alors que les gens devaient y jouer sur un ordinateur personnel haut de gamme (high-end PC). Soyons francs : CD Projekt RED voulait que leur titre soit évalué sous son meilleur jour et je ne les blâme pas. Cependant, ne pas permettre la diffusion de séquences pour des démonstrations et expliquer les situations relève d’une pratique très dangereuse. Limiter les critiques à utiliser le PC est aussi une mauvaise chose (l’auteur joue sur PC en plus) car le marché des consoles est plus grand.

À la suite du lancement de Cyberpunk 2077, beaucoup (pas tous, mais beaucoup) font face à des problèmes techniques sur toutes les plateformes disponibles. On parle de problèmes au niveau des performances (rafraîchissement d’image, utilisation de l’énergie du processeur ou carte graphique, ralentissement, etc.), bogues hilarants ou moins drôles qui cassent le jeu et j’en passe. Si certains ont une expérience satisfaisante, d’autres n’ont pas cette chance comme ils n’ont pas investi plus de 600$ dans une nouvelle console comme la Xbox Series X ou PlayStation 5 pendant que le marché de la revente demande le double du prix. Blâmer le consommateur de jouer à Cyberpunk 2077 sur un système inférieur relève de la mauvaise foi ou l’imbécilité pure car on doit lui suggérer qu’il dépense encore plus pour faire fonctionner un seul produit.

Le 14 décembre dernier, à peine cinq jours à la suite du lancement de Cyberpunk 2077, CD Projekt RED a affiché une de ses images jaunes en « s’excusant de pas avoir montré le jeu sur les anciennes générations avant leur lancement et, par conséquence, ne pas avoir permis les gamers de prendre une décision informée. » Deux grosses mises à jour sont prévues soit une pour en janvier et l’autre en février et, en sachant parfaitement que les six dernières semaines avant le lancement furent un véritable crunch (et CDPR a menti à ce sujet qu’ils ne le feraient pas), il ne serait pas surprenant que le studio redouble d’efforts surhumains pour régler un maximum de problèmes sur CINQ versions différentes à travers différents distributeurs (Xbox, PlayStation, Stadia, Steam, GOG, Epic). Par ailleurs, ils mentionnent que les consommateurs seraient en mesure de se faire rembourser, mais les rapports veulent que ce soit très difficile puisque les politiques d’Xbox et PlayStation sont différentes : il n’y a aucune règle exclusive pour Cyberpunk 2077. Il faut savoir qu’Arkham Knight, en 2015, avait été retiré du marché PC par Warner. Ici, les consommateurs sont pris avec un produit qui, franchement aurait pu être mieux. CD Projekt RED n’a, pour le moment, rien fait pour retirer son jeu des tablettes. Certaines critiques ont été mises à jour avec un avis au consommateur sur les problèmes techniques.

Si id Software lançait un produit dans un tel état demain matin, rassurez-vous : j’aurais dénoncé le studio haut et fort. Lorsque la mise à jour intégrant un système anti-triche de type kernel fut installée et qu’une perte dans l’utilisation de la mémoire vidéo fut constatée rendant le jeu presque injouable, les gamers ont immédiatement pourfendu id Software et désinstallé DOOM Eternal et avec raison. Ils ont véhiculé leur mécontentement avec des faits et critiques sérieuses. C’est aussi pire que Nintendo qui fait annuler des tournois parce que certains jeux ne fonctionnent pas en ligne et des techniciens ont trouvé une façon de le faire car ils veulent jouer à leur propre jeu comme Nintendo est déconnecté sur l’aspect compétitif de leurs produits tout en camouflant la piètre état du mode en ligne de Super Smash Bros. Ultimate et c’est sans oublier les nombreux avis de cessation pendant que d’autres compagnies comme SEGA ou Capcom engagent des fans pour collaborer à certains aspects de développement.

C’est le moment où on se demande que sont les leçons à retenir, mais c’est la preuve que c’est totalement faux : nous n’apprenons pas de nos erreurs et nous excusons le tout avec le mot patch. Avant la Xbox 360, PlayStation 3, Wii U et 3DS, les jeux étaient livrés sans mise à jour à moins qu’il y ait une nouvelle version sans divulgation des changements apportés. Vous aviez le jeu et c’était tout jusqu’à ce qu’une version « Player’s Choice » soit mise en vente faisant des « black label » des versions plus dispendieuses et appréciées des joueurs et collectionneurs. Nous n’avons rien appris d’Arkham Knight, SimCity, No Man’s Sky, Fallout 76 et plus encore. On ne croit jamais que le fond du baril sera atteint. Maintenant qu’un studio, autrefois célébré pour être pro-consommateur, ait officiellement laissé tomber toute vague de sympathie ou respect car il était impossible de repousser le jeu une énième fois afin de permettre aux humains de faire leur travail, la compagnie vient de perdre 40% de la valeur de ses actions à la bourse. Trop pressés de faire un petit profit, il se prennent une méchante raclée.

Le théâtre et la supercherie forment de redoutables facteurs pour l’industrie vidéoludique. Avec le cautionnement des très mauvaises pratiques à coup de vente, il y a à se demander quand il y aura une réelle fatigue de la part des développeurs qui mettent sang et sueur dans des produits qui sont, ultimement, précipités dans les mains des consommateurs. BioWare, Naughty Dog, NetherRealm, Riot et CD Projekt RED sont aujourd’hui accusés de « crunch » et, jusqu’à tout récemment, se sauvent avec des honneurs dans des récompenses super-médiatisées comme The Game Awards ou The Golden Joystick Awards sans oublier des annonces de type « World Premiere ». Il y a une responsabilité générale de la part de tous les membres de notre industrie afin de rendre cette industrie adéquate et je ne parle même pas de l’accessibilité ou la diversité : c’est une industrie inhumaine et déraisonnable!

Ce qui est vrai, c’est que CD Projekt RED, et je sais que beaucoup vont les excuser avec les mêmes arguments de patchs et des méthodes du passé ou que c’est un monde ouvert ce qui fait que c’est naturel qu’un jeu comme ça soit victime de certains problèmes techniques, est responsable de sa propre chute. Soyons désolés pour ceux qui ont une mauvaise expérience : ne les forçons pas à s’acheter des systèmes ultra-dispendieux et souvent discontinués en sachant parfaitement que CDPR affirmait quelques semaines avant la sortie que le jeu allait rouler sur la PS4 ou Xbox One.

Pourquoi CD Projekt RED serait-il exempt de critiques? Parce que c’est CD Projekt RED et ils n’ont jamais rien fait de mal avions-nous dit tout ce temps. Et c’est ainsi que la boucle va continuer… Les deux prochains mois seront fatidiques pour CDPR et nous verrons la réelle valeur du studio malgré la pandémie.