(Test FG – Séries TV) Les Beaux Malaises

 

En tant que fan fini d’émissions d’humour, j’étais très navré de la situation de ce type d’émission au Québec. La plupart des émissions humoristiques ou sitcoms québécoises sont remplis d’humour facile ou sont trop politiquement corrects et franchement ennuyants. J’étais donc très intrigué face à la nouveauté de TVA, Les beaux malaises, nouvelle sitcom présentée le mercredi à 21h.

Si je vous demande : Quel est votre sitcom québécoise favorite depuis 10 ans, que sera votre réponse? Soyons honnêtes, que ce soit pour Histoires de filles, KM/H ou 450 Chemin du Golf, les amateurs de sitcoms n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent. Dans mon cas, je cherchais plutôt quelque chose de moins facile, de plus cinglant et sarcastique. Quelque chose dans la lignée de Un gars, une fille. Quelque chose d’aussi profond et ironique que Curb your enthusiasm (surement mon rendez-vous humoristique favori des 10 dernières années).

Les beaux malaises est tout d’abord un amalgame des bons coups que toute bonne émission d’humour doit contenir. Vous avez tout d’abord besoin de textes riches et intelligents, d’une réalisation solide et des acteurs capables de convaincre les téléspectateurs des émotions (positives ou négatives) qu’ils vivent.

De plus, elle n’est pas principalement basée (comme Friends ou How i met your mother) sur quelque chose de léger durant presque tout l’épisode pour finir avec une section trop émotive inutile, brisant l’atmosphère humoristique de la sitcom. Je ne sais pas pour vous, mais je n’écoute pas de sitcoms pour voir 2 personnages pleurer sur le fait qu’ils ne savent pas s’ils s’aiment ou pas durant une saison complète. L’émission Les beaux malaises a, jusqu’ici du moins, su se tenir loin de ces clichés.

La famille de Martin : une belle source de malaises
La famille de Martin : une belle source de malaises

L’histoire de cette émission repose donc  sur Martin Matte (jouant son propre rôle) et son entourage. Plusieurs volets seront exploités : Sa famille, ses amis, son travail et sa vie quotidienne. Martin interagit donc avec chacun de ces volets, souvent plusieurs à la fois lors d’un seul épisode, en faisant bien sur face à plusieurs situations que l’on peut vivre dans notre vie de tous les jours. Martin étant très sarcastique, un peu soupe au lait et orgueilleux, il provoque (parfois malgré lui) des situations assez cocasses, mettant mal à l’aise plusieurs de ces proches. C’est là que le titre de l’émission prend toute sa forme.

Les auteurs (Martin Matte et François Avard) mettront constamment de l’avant des stéréotypes bien précis (le pragmatisme masculin contre l’émotion féminine, l’homme qui ne sait pas quand cesser de parler, l’orgueil trop présent chez plusieurs etc) ainsi que les fameuses conventions sociales que n’importe quel individu en société doit suivre pour rester dans la normalité.

Aussi, comme le titre l’indique, on joue constamment sur les malaises. Martin Matte parle souvent trop, par exemple en disant une phrase qu’il aurait dû garder pour lui. Ces situations provoquent des malaises, que ce soit avec ses amis, sa conjointe ou des étrangers à l’épicerie. Personnellement, ces soit disant malaises sont excellents, en partie car nous avons tous vécu des situations semblables. Comme dit l’adage anglophone, « It’s funny because it’s true ».

Ces situations peuvent aussi être provoquées par d’autres personnages, ce qui enlève quelque peu la pression sur les épaules de Matin Matte qui doit néanmoins assumer la majeure partie des malaises.

La série étant basée principalement sur Martin et l’humour portant au malaise, il faut comprendre que l’humour est très « masculin ». Cependant, Martin n’a pas toujours l’air du bon gars, tout comme les personnages féminins n’ont pas l’air de cruches trop émotionnelles. Le tout est bien amené et relativement bien balancé, ce qui plaira assurément aux gens un peu plus sévères à cet égard.

Par exemple, dans la première émission, le stéréotype classique de la thérapie de couple est amené, bien sûr, par la conjointe de Martin. Ce dernier n’est pas du tout intéressé par ce projet, mais se résigne néanmoins pour faire plaisir à sa douce (malgré qu’il y va de reculons). Jusqu’ici, on ne retrouve rien de bien spécial. Par contre, les discussions avec le thérapeute (brillamment interprété par Alexis Martin) sont parfaitement bien amenées et en tant qu’homme en couple, je me sentais 100% concerné par les émotions de Martin. Il paraissait inconfortable et le démontrait juste assez pour qu’on voit son désarroi mais en même temps il tentait de s’en sortir avec des réponses bidons et presque préenregistrées. Dans les deux autres épisodes, le même type de stéréotype est mis de l’avant, et on voit d’autres personnages tentant de se sortir d’un malaise avec autant de difficulté.

Pour ce qui est du rythme de croisière, Martin et son équipe maîtrise parfaitement bien le style. Le rythme est rapide, passant d’une scène à l’autre assez rapidement pour qu’on ne perde pas l’intérêt, sans par contre nous faire perdre le fil. On y retrouve des principes de « Mockumentary » (The Office, Parks and Recreation) où Martin parle directement à la caméra. On y retrouve fréquemment des retours en arrière ou des scènes provenant directement de l’imagination de Martin, nous faisant parfois douter dans quoi le scénario nous embarque. Ces idées sont parfaitement bien implémentées et nous gardent intéressés durant toute la demie-heure.

Martin nous parle fréquemment tout au long des épisodes
Martin nous parle fréquemment tout au long des épisodes

Les acteurs font tous un excellents travail, que ce soit Martin Matte ou ses collègues. Julie Le Breton ne joue pas dans l’ombre de Martin, ce qui occasionne beaucoup de crédibilité au personnage de Julie. Le cercle d’amis de Martin (Patrice Robitaille, Martin Perizzolo, Catherine Proulx-Lemay etc) fait dans l’ensemble un excellent boulot et chaque membre a déjà établis, en 3 épisodes, leurs traits de caractères principaux. Il sera intéressant de voir comment chacun d’eux sera développé dans les épisodes suivants.

Cette émission est donc un rafraîchissement pour les émissions d’humour au Québec. On retrouve finalement de l’humour plus sarcastique qui va moins dans les sentiers battus. J’attendais ce type de comédie depuis longtemps, en me rabattant sur celles présentées aux États-Unis (qui ne sont pas toujours bonnes, faut-il le rappeler).  Tout est convaincant dans cette émission, que ce soit les sujets abordés, les auteurs ou les acteurs.

En conclusion, si vous aimiez Un Gars une fille au Québec, ou que vous aimez Seinfeld ou Curb your enthusiasm aux États-Unis, vous aimerez assurément cette émission. De plus, tous les fans de Martin Matte ne peuvent se permettre de manquer cette comédie. Ça fait d’ailleurs changement de son personnage habituel du gars trop confiant en lui qui se proclame le meilleur au monde. Ce changement, quoi qu’il ne fût peut-être pas absolument nécessaire, lui est salutaire. Même s’il n’a eu que 3 épisodes jusqu’ici, je suis très positif sur ce qui s’en vient pour Les beaux malaises.

Ma note : 9 / 10

Réalisation : Francis Leclerc

Scénario : Martin Matte, François Avard

Acteurs principaux : Martin Matte, Julie Le Breton

Mon Twitter : JsChapleau