(Test FG – Jeux vidéo) Donkey Kong Country: Tropical Freeze

Près de 20 ans après le lancement d’un jeu de Rareware qui a fracassé l’histoire, Retro Studios nous livre Donkey Kong Country: Tropical Freeze, une suite directe à DKC Returns. Les génies derrière Metroid Prime ont épaté la critique et le public avec le retour du roi du hardcore platforming de Nintendo en plus d’être parmi les titres les plus difficiles de la dernière génération, surtout pour un jeu Nintendo on s’entend. La grande question: Donkey Kong est-il encore le roi ou est-ce une licence complètement givrée?

1997, année où j’ai eu ma SNES avec Donkey Kong Country 2! J’avais 8 ans, bon… et j’avais 5 ans quand j’ai joué au premier DKC. Mes attentes pour Tropical Freeze sont donc à la hauteur du Mont Everest. Donkey Kong Country est pour moi aussi sacré que Halo, Mega Man, Castlevania, Zelda ou Grand Theft Auto pour d’autres. Vous pouvez rire mais comprenez ceci: j’ai grandi avec cette licence, c’est ma jeunesse alors imaginez comment je me suis senti quand il y a eu cette fameuse annonce pour Tropical Freeze bien que j’étais prêt à accueillir autre chose de la part de Retro Studios… mais qui suis-je pour me plaindre? Je suis donc bien placé pour parler de ce jeu. Si je peux mettre de côté le fait que j’adore les Donkey Kong Country, suis-je en mesure d’évaluer le jeu? Est-ce que mon jugement sera atteint? Est-ce que mes attentes vont gâcher mon plaisir à découvrir le jeu et à le décortiquer pour vous? À vous de lire!

Bonne fête Donkey Kong! Il y a presque 20 ans, sur SNES, fut lancé Donkey Kong Country! Mais voilà que dans le jeu (et dans une cinématique qui nous prouve que nous sommes réellement passés au niveau suivant chez Nintendo), cet idiot de gorille fête son anniversaire en compagnie de Diddy, Dixie et Cranky qui sont dans la cabane. C’est au moment de faire un vœu et souffler sur la chandelle de son gâteau aux bananes qu’un blizzard mystérieux envahit l’île de Donkey et propulse les singes hors de la cabane et même hors de leurs terres! Une invasion de Vikings anthropomorphiques (des pingouins, des morses et des ours polaires) fait aussitôt des ravages! Les Snowmads conquirent l’île de Donkey Kong! Bon, oublions l’histoire. Est-ce que son 20e anniversaire sera digne de l’héritage de Rareware ou est-ce que Retro Studios a complètement glissé sur une peau de banane?

Je me dois de commencer immédiatement par un détail que je considère important et c’est vraiment personnel… La trame sonore! Pourquoi? David Wise est de retour! Il ne faut pas s’attendre à réentendre toutes ses musiques qui ont fait de DKC une légende mais on peut entendre des partitions d’anciens titres et, oui, certains d’entre vous pourraient verser une larme de nostalgie à quelques reprises. Beaucoup de nouvelles musiques viennent s’ajouter à l’incroyable compilation sonore de la licence. Ce n’est pas du Koji Kondo ou Mahito Yokota… mais c’est beau! C’est du grand David Wise! Somptueux, mélodieux, tantôt atmosphérique ou amusant et ça donne le rythme aux niveaux. Certainement l’une des meilleures trames sonores que j’ai entendues dans un jeu de plateformes depuis très longtemps! La musique dans les jeux de plateformes donne souvent le ton dans les niveaux et permet au joueur de mieux apprécier ce qu’il fait. Mettez à tout prix un casque d’écoute pour profiter de la musique!

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Les cinématiques sont splendides mais pendant le jeu… c’est comment?

En démarrant le jeu, on constate qu’on peut jouer avec le GamePad, la Wii Remote avec le Nunchuk, la Wii Remote seule ou le Wii U Controller Pro. Ceux qui ont joué à Donkey Kong Returns 3D seront familiers avec les commandes du GamePad et du Controller Pro de la Wii U alors que les irréductibles des contrôles à mouvement peuvent opter pour les commandes avec Nunchuk. Étant moi-même un irréductible des contrôles de la SNES, je dois affirmer n’avoir eu aucun problème à jouer avec le GamePad. Mais c’est aussi là un défaut évident : aucune information n’est affichée sur le GamePad et aucune option tactile pour les menus ne sont fonctionnelles. C’est dommage. Néanmoins, aucun problème avec la prise en main et je n’avais pas à me soucier de la fatigue causée par des mouvements à répétition des niveaux Contre-la-Montre.

Tel que mentionné, le jeu perd certains points pour l’utilisation totalement absente du GamePad alors qu’on aurait pu s’en servir pour voir la progression dans le niveau ou même nos objets, ce que Monster Games a fait avec la version 3DS de Returns. En fait, cela me donne l’impression de jouer à un jeu Wii mais en HD. C’est dommage puisque je souhaite que le GamePad soit mis à contribution dans n’importe quel jeu et surtout des jeux des licences de Nintendo. Mon petit nez me dit que le jeu était en développement depuis bien avant l’annonce de la Wii U. Une des fonctions dans le jeu consiste à transformer nos ennemis en objets. En appuyant sur L et R à condition que Diddy, Dixie ou Cranky soit avec Donkey, les ennemis deviendront des vies, des cœurs ou des pièces pour Diddy, Dixie et Cranky respectivement. Cette fonction n’est qu’optionnelle et n’est pas affichée de façon à ruiner le gameplay ce qui est correct.

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Impressionnant! Tout simplement!

Autant briser la glace de suite, il faut d’abord se rendre à l’évidence: Donkey Kong Tropical Freeze ne brille pas du tout par son originalité ou ses nouveautés qui sont un peu discrètes. Le jeu brille grâce à une succession d’enchaînement de plateformes et de lianes alors que Donkey et ses coéquipiers doivent user de leurs techniques pour mieux franchir les niveaux. Le jeu force le joueur à explorer davantage pour découvrir des secrets en utilisant l’éventail de mouvements que Donkey Kong possède et exige une maîtrise totale des mécaniques très rapidement contrairement à un Mario où on apprend petit à petit. Si certains niveaux ne sont pas nécessairement les plus exigeants, d’autres cassent la glace et offrent un défi à donner froid dans le dos. Si vous vouliez un jeu excessivement original, vous ne l’aurez pas mais si vous vouliez un défi à la hauteur de Donkey Kong Country Returns ou même des jeux SNES… Ouch! Non seulement vous l’avez mais je vous conseille d’acheter un casque de motocyclette à ceux qui vous observeront en plus d’une vitrine protectrice pour votre meuble télé.

Il ne faut pas appréhender Donkey Kong Tropical Freeze comme un Mario. Ce jeu s’adresse à une autre catégorie de joueurs qui cherchent un défi assez malin et parfois sadique. Si le level design nous fait souvent souffrir, on est en droit de se demander si le système est un peu du essai-erreur mais j’ai fini par perdre encore plus de vies que dans Returns dans un seul niveau et c’est pour dire à quel point que j’ai effectivement eu une leçon de platforming et c’est le genre de jeux que je dévore facilement. Plus de 60 ballons de vies se sont envolés afin de vous amener ce pavé. Bon ok, disons 65… Il faut donc être bien synchronisé et chaque saut devient crucial. Les jeux de caméra pour la 3D isométrique dans les phases de chariot ou fusées ajoutent un peu de dynamisme à l’expérience mais le tout devient anecdotique face aux défis de plateformes et de natation qui ne sont pas de tout repos au niveau du gameplay! Ah oui et si vous vous attendez à retrouver le Super Guide… disons que j’ai perdu près de 15 vies et il n’est jamais apparu… Merci Retro Studios d’encourager la persévérance! Malgré tout, il y a les objets comme des ballons verts qui nous ramènent du précipice, des ballons bleus pour l’oxygène, des vies, des tonneaux Kong, des boucliers (avec un clin d’œil important), la fiole dorée pour une invincibilité temporaire mais je vous suggère fortement de finir le jeu SANS utiliser les objets… sauf Squawks, le perroquet, si vous avez du mal à trouver les pièces de puzzle. D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait par simple devoir de joueur et parce que c’est la meilleure façon d’appréhender chaque niveau et calibrer mon gameplay.

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On peut encore faire des roulades pour envoyer valser nos ennemis.

Parlant de gameplay, l’une des nouveautés est le fait de pouvoir jouer en tant que Dixie ou Cranky (si on est le deuxième joueur). Bien sûr, Diddy est là mais n’a pas réellement changé et je saute tout de suite vers Cranky qui, malheureusement, ne semble pas le plus utile des personnages puisqu’à part tirer des dentiers et sauter grâce à sa canne-sauteur comme Picsou de Ducktales, c’est un peu dommage. C’est Dixie qui vient sauver la bande avec ses cheveux en queue de cheval qui donne un élan vertical boni pour Donkey (ou Dixie elle-même si elle n’est pas sur le dos de Donkey en co-op). Cela devient extrêmement utile pour enchaîner les ennemis et les plateformes. Si vous voulez mon avis: Diddy aurait pu laisser sa place à Dixie le temps du jeu complet car j’ai eu beaucoup plus de fun à traverser les niveaux grâce à son habileté de « coiff-coptère ». Dans certains niveaux, les barils Kong changent de lettres (et couleur) à l’occasion pour vous permettre d’avoir le Kong de votre choix.

Le mode co-op fait son grand retour pour Donkey Kong Tropical Freeze mais il ne faut pas s’attendre à ce que le joueur 2 joue un personnage unique qui suivra le joueur 1 automatiquement. Le joueur 2 peut carrément contrôler le personnage à sa guise MAIS le jeu de caméra fait en sorte que si un Kong sort du cadre, celui-ci sera ramené après quelques secondes au pied du Kong toujours dans l’image ce qui résulte parfois en une technique à apprivoiser mais aussi beaucoup de confusion. Il est donc important que les joueurs synchronisent leurs mouvements qu’ils communiquent constamment pour pouvoir progresser à travers les niveaux. Le tout résulte ainsi en un mode co-op presque aussi chaotique que dans Super Mario 3D World parce que le jeu est difficile et que le deuxième joueur, dû à la variation des coéquipiers, ne peut changer de personnage quand il veut sauf avant de commencer la partie afin d’aider le premier joueur aux commandes d’un personnage lourd mais plus rapide et étrangement moins limité que Mario (3D World). Le mode co-op est cependant très amusant mais exige que les deux joueurs aient une expérience considérable dans le genre mais en solo, Donkey Kong est toujours fascinant et exaltant.

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Avec un coéquipier expérimenté, le mode co-op est super! Même si vous jouez seul, le jeu est tout aussi bien!

Les nouveautés sur les mouvements de base sont le fait de pouvoir lancer certains ennemis paralysés comme dans Super Mario Bros. 2 (qui reviennent d’ailleurs facilement pour aucune raison comme dans Super Mario Bros. 2) et de tirer sur certains bouchons qui peuvent révéler des secrets comme des bananes, des pièces de puzzle ou des morceaux de niveaux. J’ai surtout remarqué que le joueur doit utiliser de façon constante certains éléments de l’environnement pour activer des plateformes alors qu’on lance des objets ou des ennemis. J’aurais aimé voir des nouveaux animaux ou même Enguarde, l’espadon, dans les niveaux d’eau afin d’ajouter un certain rythme même si Rambi le rhino vient faire sa part dans quelques niveaux assez difficiles. Alors que les animaux facilitaient la progression dans DKC sur SNES, on se retrouve avec des méthodes des deux derniers jeux sur SNES (à la fin des jeux) où Rambi devient un outil essentiel au gameplay comme dans Returns.

Le jeu est définitivement à la hauteur de Returns en termes de défi et de recherche à même les niveaux et il n’y a pas de chrono hormis le défilement des niveaux qui nous empêcherait d’inspecter certains endroits qui, parfois, sont faciles à distinguer. Mais ça ne veut pas dire que les atteindre est une chose facile. En fait, c’est surtout une déception de voir que les niveaux bonis ne changent pas réellement. La principale nouveauté est le fait que le joueur doit aussi scruter le niveau pour trouver une sortie alternative! Eh oui, les mondes incluent jusqu’à trois niveaux bonis que le joueur devra débloquer et certains surprennent ou offrent des défis un peu plus complexe. Les niveaux temples se font discrets mais viennent vraiment rire dans la face du débutant. Oui, les premiers niveaux mettent la table mais c’est dès la deuxième moitié du jeu qu’on réalise qu’il n’y a plus de passe droit. Certains niveaux impliquent de multiples sauts en liane ou des glissades en plus de devoir visiter les profondeurs sous-marins (Donkey a maintenant une jauge d’oxygène plus ou moins discrète).

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Les niveaux d’eau brisent le rythme… mais ouvrez les oreilles une fois dans ces passages… Croyez-moi quand je dis que David Wise est de retour!

Prochaine étape au niveau du design: les boss. Certains d’entre eux sont effectivement difficiles mais deviennent étrangement ennuyants. Celui du 4e monde est cependant bien fait alors que d’autres ne sont pas aussi impressionnants et rappellent parfois d’anciens boss. L’un des boss est un hibou qui vous balance des pingouins avec un casque d’œuf. Un peu plus et je croyais que je voyais des Calimero. C’est le fait que nous finissions les boss avec une sorte de quick-time event mais surtout que nous ne voyons pas les boss s’écrouler avant comme dans Returns ce qui retirent en quelque sorte le sentiment d’accomplissement. Autrement dit, les combats sont biens et exigeants mais on les oublie trop vite. Les ennemis sont surtout basés sur les animaux nordiques alors que c’est une armée de vikings. Au début, c’est drôle mais plus on avance, plus le jeu prend un ton plus sérieux tout en restant fidèle à l’évolution des jeux SNES et Returns.

Au-delà des temps de chargement qui sont parfois très long et saccadés qui font un peu peur quand ça gèle (le jeu n’a jamais gelé d’ailleurs durant le gameplay), j’ai surtout remarqué à quel point le jeu était magnifique! Visuellement, le jeu est un chef d’œuvre comme il s’en fait peu et bien que j’aurais aimé que Retro Studios se laisse aller pour brouiller un peu la vue du joueur avec des blizzards et des éléments de tempête, les niveaux ne perdent jamais de leur fluidité dans les animations. Comme nous ne sommes pas pressés de finir les niveaux contrairement à Mario où on ne peut apprécier le level design, on peut vraiment prendre le temps d’apprécier les efforts de Retro Studios avec des éléments de niveaux dans le décor et les multiples animations avec les objets des niveaux grâce à l’interaction. Les plus attentifs observeront les clins d’œil ici et là. On sent le soucil du détail dans chaque niveau si on prend le temps de marcher pendant le gameplay et qu’on prend le temps d’observer. Le jeu est composé de six mondes sous des thèmes différents comme des îles tropicales, des jungles basés sur des arbres fruités, une savane, une île dans les Caraïbes et, bien sûr, l’Île de Donkey Kong qui se mélangent à des niveaux où les scies et les tempêtes se déchaînent. Si compléter les niveaux en ligne droite semble facile au début, il suffit d’arriver au 4e monde et, bien sûr, le dernier monde est spectaculaire dans son ambiance! Le tout regorge de détails énormes et donne l’impression que l’univers est gigantesque.

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Vous n’avez pas le droit à l’erreur… Une vie de trouvé, dix de perdues!

En plus de pouvoir faire les niveaux en mode Contre-la-Montre et comparer ses chronos via un tableau des meneurs en ligne, il vous faudra trouver les pièces de puzzle pour débloquer des images de concept et Funky vous vendra des capsules qui vous donneront des dioramas des différents personnages et ennemis du jeu qui ne sont malheureusement pas animés. Si vous souhaitez accéder au niveau temple du jeu, il vous faudra trouver les lettres K-O-N-G dans CHAQUE niveau pour déverrouiller le niveau en question. Si la quête principale peut être complétée en un peu plus de 9 heures, tout trouver requiert évidemment beaucoup plus de temps et d’adresse et cela donne un total d’un peu plus de 60 niveaux longs et exigeants et si vous terminez le jeu en entier, un mode de difficulté supplémentaire vient s’ajouter et si vous n’avez pas froid dans le dos, vous pouvez tenter ce défi ultime qui exige une connaissance profonde du jeu! Malgré tout, on sent que Retro Studios ET Nintendo sont à court d’idées pour cette licence. Cependant, les combinaisons fonctionnent et le tout résulte en un très bon jeu de plateformes et un excellent défi pour les adeptes du genre. Il faut mettre son côté fanboy pour apprécier le titre à sa juste valeur. En tant que joueur de platformer, je confirme que ce jeu est bien meilleur que Mario 3D World et je me suis amusé beaucoup plus qu’avec le plombier. Donkey Kong Country: Tropical Freeze ravira les fans et ceux qui veulent une difficulté digne de la SNES mais les plus pointus seront les premiers légèrement déçus. Le manque d’originalité et d’audace est rattrapé par un excellent level design, une trame sonore mélodieuse et une magnifique réalisation! Le jeu rend justice à la réalisation de Rareware!

Verdict: 8/10!

Points positifs:

  • David Wise! Peut-on demander mieux?
  • Une difficulté corsée! Et une difficulté supplémentaire à débloquer! OUCH!
  • Dixie Kong rajoute beaucoup plus au jeu que les deux autres compagnons!
  • Compatibilité avec Nunchuk et la Manette Wii U Pro!
  • Les niveaux d’eau rappelleront de bons souvenirs!
  • Excellent level design et direction artistique digne de Retro Studios et Rareware!
  • Beaucoup d’interaction avec le level design forçant le joueur à essayer diverses stratégies!
  • Des sorties alternatives ce qui encourage l’exploration!

Points négatifs:

  • Manquement à l’originalité et l’audace…
  • Zéro utilisation du GamePad…
  • Combats de boss qui font un peu pitié à la fin…
  • Certains temps de chargement excessifs…

Fiche:

  • Nom: Donkey Kong Country: Tropical Freeze
  • Développeur: Retro Studios
  • Éditeur: Nintendo
  • Genre: Plateformes
  • Disponible sur: Nintendo Wii U (exclusif)
  • Classement ESRB: E pour Enfants ET Adultes
  • Joueurs : 1 ou 2 (co-op local)
  • Langue: Anglais/Français

Merci à Nintendo pour l’envoi du jeu à des fins de critiques!