Le Cyni-Ludique – Banjo-Kazooie dans Smash: ce que ça signifie pour l’industrie!

 
Il y a un presque quatre ans, les joueurs de Super Smash Bros. recevaient l’annonce d’un personnage arrivant de nulle part. Ce personnage était Cloud Strife, protagoniste de Final Fantasy VII. Celui-ci arrivait en dehors du sondage proposé par Nintendo et Masahiro Sakurai concernant l’ajout d’un personnage que les joueurs voulaient. Ça a donné Bayonetta. Bien sûr, Ultimate est arrivé l’an dernier avec l’entrée fracassante de Ridley de Metroid. Si nous n’avons pas eu la plus grosse surprise depuis Cloud Strife, je me demande bien c’est quoi.

Avis de divulgation: je serai L’Heureux-Ludique pour cet écrit.

Depuis Smash Brawl, Masahiro Sakurai (directeur chez Nintendo/HAL Laboratories/SORA Ltd) nous a habitués à des ajouts de personnages venant des frontières hors-Nintendo. Le premier fut Solid Snake de la franchise Metal Gear. Nous avons ensuite eu Sonic The Hedgehog et puis Smash 4 nous a offert Cloud et Bayonetta comme vous le savez déjà. Depuis le dévoilement du premier personnage jouable en contenu téléchargeable via la passe des combattants, on a vu des personnages venant de franchises complètement absentes de Nintendo ou n’ayant jamais été présenté dans Smash Bros. Nous avons eu Joker, le protagoniste de Persona 5 (également jouable dans Persona Q2). Tôt dans le Direct de l’E3 2019, on a eu Hero de Dragon Quest avec les multiples apparences qui représentent la franchise. Il fallait bien que LA BOMBE soit lancée et je ne parle pas de la suite de The Legend of Zelda: Breath of the Wild.

BANJO & KAZOOIE (le nom officiel pour le duo jouable) seront dans Super Smash Bros. Ultimate! Leur inclusion dans la liste déjantée de personnages est particulière comme ils rejoignent des protagonistes de franchises connues: Mario, Link, Samus, Fox, Kirby, Pikachu, Ness, Mega Man, Simon Belmont, Marth, Pit et Ryu. Ils rejoignent aussi le groupe des personnages célèbres de la fin des années 90 comme Cloud et Snake. Plus important encore, ils rejoignent les personnages dont le design a été pensé par Rareware à l’époque de la Super Nintendo: Donkey Kong, Diddy Kong et King K. Rool. Et, c’est symbolique, ils reviennent chez Nintendo en tant que personnage jouable depuis Banjo-Pilot sur Game Boy Advance alors que Rare passait chez Microsoft.

Il n’en fallait pas plus créer la folie et je suis au courant que quelques personnes se demandent pourquoi il y en a qui perdent la tête pour un personnage téléchargeable. Il suffit d’aller voir les réactions et je crois qu’une d’entre elle démontre assez bien comment beaucoup de joueurs/joueuses ont réagi.

Jirard « Dragonrider/The Completionist » Khalil est une de mes inspirations pour la critique et la production de contenu de divertissement et on a probablement grandi avec les mêmes jeux. Il a d’ailleurs mentionné que le dernier jeu qu’il ferait en tant que The Completionist était Donkey Kong Country 2. C’est aussi le premier jeu que j’ai complété alors que j’étais un petit gars. Je suis passé dans la trentaine en mars dernier et j’ai vécu l’époque de la Nintendo 64. Dans ce temps, je n’avais pas droit aux jeux trop violents. Cela dit, Rareware était là où je pouvais trouver des jeux que mes parents acceptaient que je joue. Bien sûr, il y a eu Diddy Kong Racing mais Banjo-Kazooie a vite suivi. J’ai grandi avec Banjo-Kazooie et les archives du site incluant une entrevue audio avec Grant Kirkhope que j’ai mené il y a six ans déjà vous le prouveront. Ce fut un privilège d’avoir discuté avec Grant et j’en suis pleinement reconnaissant. Je vous laisse cette vidéo de Jirard qui discute, justement, du jeu dans sa vidéo New Game Plus.

Pour ceux qui n’ont pas vu la présentation du Direct ou souhaitent un récapitulatif de ce qui s’est passé en deux minutes: vous avez la présentation des héros affrontant leur nemesis comme ce fut pour King K. Rool en août 2018. Ça s’est arrêté bien sûr sur l’équipe Donkey Kong contre K. Rool pour finalement avoir une séquence similaire au dévoilement du nemesis du roi du 2D hardcore platforming. K. Rool dormait en compagnie de ses ennemis et une pièce de puzzle dorée rebondit avec un son d’instrument. Le premier qui le remarque, c’est Diddy et ça fait du sens: Banjo était jouable dans Diddy Kong Racing comme Project Dream était en développement… ce qui allait devenir Banjo-Kazooie. Celui qui réalise qu’il y a de quoi d’anormal, c’est Donkey. Celui qui a tout manqué, c’est K. Rool. Je crois que c’était délibéré parce que la pièce de puzzle est un élément clé dans le jeu Banjo-Kazooie et tout le monde aura une réaction différente. Le son reproduit était des cordes de banjo. Bien sûr, tous les trois ont regardé par la fenêtre (fracassée sous le poids du trio) pour finalement être trollés par Duck Hunt Dog. C’est de bonne guerre! Bien sûr, il fallait que le personnage vedette arrive. Et comme ce n’était pas assez, ils sont arrivés avec leurs instruments tout comme leur introduction dans le jeu original (Banjo et Kazoo) et on a eu le générique mais légendaire « Guh-huh »! BOOM! Banjo-Kazooie are Raring to go! Le trio s’exclame de joie, bien entendu comme c’était la réunion tant attendue des personnages créés par Rareware. Et la musique de Spiral Mountain qui embarque avec le visuel de la jouabilité pour le duo avec le design classique remis au goût du jour et BAM! Il n’y avait plus rien qui comptait après tout ce qui a été dévoilé au E3.

Vous comprenez à quel point je suis un fan des jeux originaux qui sont parus sur N64 et j’assume totalement ce côté nostalgie qui, vous pensez, est la seule raison valide pour cette exclamation de joie. Au-delà de ça, vous lisez le texte d’un homme dans la trentaine qui a grandi avec ces jeux. J’avais neuf ans quand Banjo-Kazooie était sorti et je n’étais même pas au courant de tout ce qui arrivait à l’époque. On louait des jeux quand c’était possible et on s’amusait. Durant l’ensemble de la présentation des fonctions du duo, j’arrivais à pointer chaque référence, chaque petit détail, chaque petit mouvement! Au-delà de mon enthousiasme, j’étais encore capable d’analyser ce que je voyais sans nécessairement le réaliser car je revivais durant ces quelques secondes la portion la plus innocente de ma vie: mon enfance!

Vous avez tous ces jeux comme Super Mario Bros., The Legend of Zelda, Super Metroid, Kirby, Pokémon, Animal Crossing, Sonic the Hedgehog, Halo: Combat Evolved, Diablo, Doom, Baldur’s Gate, Golden Sun, Final Fantasy, Metal Gear, Breath of Fire, Secret of Mana, Chrono Trigger, Fire Emblem, Contra, Street Fighter, Castlevania, Donkey Kong Country, Mega Man, Crash Bandicoot et j’en passe. Vous avez tous un jeu qui a marqué votre enfance ou votre jeune adolescence. Ce n’est pas pour rien que j’ai perdu durant ces quelques secondes tout sens de la réalité pour laisser la joie prendre le dessus. Cette joie s’est exprimée avec des larmes et je n’arrivais pas à mentionner un seul mot. Je ne pouvais même pas crier, j’en avais perdu la raison. J’aurais voulu filmer ma réaction pour vous le prouver. Vous me connaissez comme étant l’un des plus cyniques au Québec concernant les pratiques de cette industrie et les conneries dites par les développeurs et éditeurs pour nous faire croire quoi que ce soit mais ceci est le moment où je me rappelais pourquoi j’aime cette industrie. Je le redis: j’ai versé des larmes et la dernière fois que c’est arrivé, c’était l’annonce de Metroid Prime 4 mais j’étais complètement pris par surprise. Bien sûr, il y avait Samus Returns et on sait la suite. J’aurais voulu partager ce moment de pur bonheur.

Je ne suis pas tout seul qui a perdu la tête: je pense à celles et ceux qui ont grandi avec la série. Je pense aux filles et garçons dans le même groupe d’âge qui ont vécu ces aventures. Pour quelques-uns, ça semble banal et ce n’est qu’un morceau de contenu téléchargeable et je vous l’accorde mais repensez au dévoilement de Cloud dans l’itération précédente. C’est la même situation! C’est le plus heureux que je fus d’être gamer depuis je-ne-sais-trop-quand.

En plus des fans et des développeurs comme Davide Soliani (Mario + Rabbids), je pense à tout à ceux et celles qui ont participé à la création de Banjo-Kazooie: les ex-développeurs de Rare qui sont éparpillés chez Playtonic et autres studios. Ceux qui sont sous contrat pour divers projets ou à temps plein pour d’autres entreprises. Je repense aux gens comme Steve et Gregg Mayles, Steven Hurst, Chris Sutherland, Ed Bryan, Kevin Bayliss, Chris Seavor, Graeme Norgate, David Wise et, bien sûr, Grant Kirkhope. Oh et le sournois Mumbo Jumbo… il a composé la musique qu’on a entendu dans le dévoilement! Il le savait que ça s’en venait!

Je pense aussi aux gens qui travaillent chez Xbox et Microsoft qui ont rendu cette collaboration possible mais aussi ceux qui ont un lien plus ou moins direct avec Rareware (avant que ça devienne Rare): Phil Spencer, Ken Lobb, Robin Beanland, Larry Hyrb, Adam Isgreen et les actuels membres de Rare. Je pense aussi à l’ouverture de Masahiro Sakurai alors que, depuis le dévoilement de Smash Ultimate et avant cette bombe, nous avons eu deux personnages très populaires dans les pays occidentaux inclus dans cette itération. C’est de voir les principaux acteurs partager la nouvelle et saluer l’arrivée de Banjo-Kazooie dans un jeu qui est la célébration du jeu vidéo. C’est la consécration depuis les lancements de Minecraft et Cuphead sur les systèmes de Nintendo.

Bien sûr, j’ai reconnu les attaques standards, les tirs des oeufs et la mécanique de première-personne qui était Banjo-Tooie, l’attaque débloquable où Banjo utilisait Kazooie comme une masse, les oeufs grenade, le pas de course de Kazooie, le deuxième saut, le socle de super-saut, le bouclier de plumes d’or, Spiral Mountain (presque tout est reproduit comme c’était avant), Bottles, Gruntilda, le Jinjonator et le petit clin d’oeil à la défaite de Gruntilda avec le trou suivi par le rocher avec le prérendu de K. Rool en remplacement et je dois aussi mentionner Mumbo Jumbo qui fera aussi un caméo sur le stade de Spiral Mountain. J’ai même vu, sur le sac de Banjo, un logo familier.

Ce que l’arrivée de Banjo-Kazooie dans Smash signifie de manière objective, c’est que non seulement il y a de la place pour à peu près n’importe qui dans Super Smash Bros.; cela veut aussi dire qu’il y a moyen de mettre nos différences de côté en tant que compétiteur et de voir ce que les autres font. Pour plusieurs, le duo était attendu depuis Super Smash Bros. Melee. C’est la preuve qu’il y a moyen de collaborer pour amener ne serait-ce qu’un petit quelque chose qui correspond très bien à l’industrie. Les gens peuvent amener tous les contenus téléchargeables de Terminator cette année mais le danger d’étirer la sauce peut arriver. Banjo-Kazooie n’est que le résultat d’une ouverture d’esprit pour rendre pas mal de gens heureux que ce soient les fans ou même les créateurs qui ont maintenant une partie de leur héritage en compagnie des héros et antagonistes fictifs de notre médium.

Non seulement je suis heureux en tant que gamer mais je suis content pour les fans qui, comme moi, ont grandi avec la série. Je salue avec mon respect le plus sincère les gens de Rare et Xbox de nous offrir ce qui est l’équivalent d’un cadeau de Noël.