Rares sont les jeux dans cette ère contemporaine de l’industrie qui valent réellement le prix d’admission. Souvent, il faut attendre quelques semaines ou quelques mois pour réaliser à quel point de grosses productions passent aujourd’hui des années à faire si peu. C’est malheureux car les emplois finissent par être coupés et ce même si le produit final est bon. Ce n’est pas du cynisme. Cependant, certains jeux indépendants font la démonstration que la valeur d’un jeu correspond aujourd’hui au temps passé, combiné à l’appréciation globale et la qualité générale de la production. La difficulté est d’autant plus grande lorsque le jeu n’est pas aussi cher que la majorité des titres à succès ou à grand déploiement. Voici la critique en collaboration avec Alex!

Hollow Knight: Silksong, de Team Cherry, est le jeu promis par le studio d’Australie depuis la campagne Kickstarter démarrée en 2014. Au départ proposé en tant que contenu additionnel au titre original, Silksong est devenu une suite directe au jeu lancé en 2017 durant la renaissance du genre exploraction (action-aventure misant sur l’exploration) avec Ori par Moon Studios et les Metroid de MercurySteam. On parle aujourd’hui de Ori and the Will of the Wisps, Hollow Knight et Metroid Dread comme étant la trinité contemporaine du supposé genre « Metroidvania ». On peut aujourd’hui remplacer Hollow Knight par Silksong et reléguer ce premier avec les titres qui ont précédé chacun de ceux mentionnés, The Blind Forest et Samus Returns respectivement. Si on parlait de Silksong comme phénomène et mème internet pour avoir brisé les boutiques en ligne de Steam et Nintendo, nous en aurions pour des heures. Heureusement, le jeu est une réalité depuis le 4 septembre 2025, plus de six ans après son dévoilement initial et 11 ans après le financement Kickstarter.

Silksong se passe un certain temps après les événements du premier jeu. À la suite de la purge d’un dieu des rêves et le devoir du « Vessel » accompli, Hornet explore Pharloom et les verges d’un royaume d’où proviennent ses racines. Née d’une union surréaliste avant les événements de Hollow Knight, ce personnage est genrée et possède une agentivité contrairement au « Vessel ». Elle a donc une « voix » avec le langage attribué par les enregistrements sonores (tout dialogue est sous forme de texte) mais reste fixée sur son parcours comme chasseresse.

Évaluer Silksong, de quelque manière que ce soit, est difficile.

Adressons le premier détail important. Le jeu est proposé à un prix initial de 25$ sur Steam et les autres plateformes digitales. Sur ce point de vue, Hollow Knight : Silksong est un titre excessivement complexe à discuter. D’un certain point de vue, il n’y a rien à dire de mal car peu de jeux peuvent se comparer à Hollow Knight depuis son lancement lorsque jugé pour la qualité complète par rapport au prix. Or, il faut savoir que beaucoup ont acheté Hollow Knight sans l’avoir réellement fini et se sont investis dans l’histoire… une histoire qu’ils n’ont pas découvert eux-mêmes… de la même manière que les gens peuvent aujourd’hui « cheeser » des moments dans les jeux FromSoftware sous prétexte qu’ils ont compris le jeu sans même avoir à faire l’effort de comprendre comment fonctionne un boss et ce qui est impliqué dans les mécaniques. J’ai mis plusieurs heures dans Hollow Knight pour arriver à certaines fins, plusieurs mois après l’avoir débuté en 2017.

Il y a littéralement un travail de fou qui est présent dans Silksong. Que ce soit la musique composée par Christopher Larkin, la direction artistique, la conception des personnages que ce soit Hornet, les collègues ou les ennemis… il y a de l’amour dans ce jeu, et les nombreux collaborateurs associés à Ari Gibson, David Kazi et William Pellen prouvent de nouveau leur talent. Les différents secteurs à explorer se distinguent de manière intéressante et se succèdent en difficulté, et l’esthétique peut devenir plus inquiétant ou émerveillant. Concernant la jouabilité, Hornet utilise la soie pour se regénérer, ce qui est déterminé par une bobine sous la barre de vie. Tout comme pour le Vessel, cette barre est aussi utilisée pour certaines capacités de combat, d’exploration ou spécifique à la progression générale. Une gestion de ces ressources sont donc vitales. Là où Silksong se distingue, c’est dans l’utilisation d’emblèmes pour l’intégration des « charmes », ceux-ci utilisés avec moins de limites. En trouvant des emblèmes supplémentaires, vous serez amenés à vous familiariser avec les capacités de Hornet de manière à apprendre de nouvelles attaques car elles changent selon les emblèmes. Ainsi, apprendre les animations d’attaque de plongée est une épreuve rude mais efficace afin de jouer au titre selon des critères de préférence. Ceci est une belle façon de donner, pardonnez le jeu de mots, plus de souplesse au joueur qui souhaite faire un ensemble d’équipement précis. Or, la découverte d’emblèmes supplémentaires remplace l’emblème utilisée jusqu’au prochain passage sur un banc pour restaurer la jauge de vie ET changer les ensembles d’équipement et d’emblème. C’est le seul aspect RPG ou « Castlevania » du jeu qu’on ose qualifier de « Metroidvania ». Dans tous les cas, Hornet est plus concentrée sur ces capacités à combattre. Si le Vessel était plus proche de Shovel Knight, Hornet rejoint la fluidité qu’offre Samus Aran dans Metroid Dread.

Encore une fois, je vous rappelle que le jeu est proposé à un prix de vente de 25$. Hollow Knight : Silksong est, à lui-seul, le quart du prix d’un jeu à grand déploiement. Et c’est un jeu où vous passerez de nombreuses heures… et c’est si vous pouvez l’endurer. C’est un des jeux les plus difficiles auquel vous aurez l’opportunité de jouer et vous pourriez mettre au-delà de 30 à 50 heures pour finir le jeu. Vous pouvez donc imaginer le temps à mettre pour le compléter. C’est aussi un principal point de contention depuis le jeu original.

Hollow Knight était déjà, à la base, un jeu difficile étant donné son système de combat facile à saisir mais avec des séries d’arènes et de boss complexes en plus d’un système d’échec réapproprié des jeux par FromSoftware misant sur une perte de ressources s’il y a mort successive du personnage. C’est sans oublier certains passages d’exploration vous forçant à vous familiariser avec différents types d’obstacles à la fois ou à revenir en arrière quand vous n’avez pas les objets nécessaires. Or, Silksong mise encore plus sur ses aspects et devient une épreuve d’endurance. On trouve un chemin qu’on souhaite parfois éviter car on se demande si nous sommes assez habiles pour finalement retourner sur nos pas depuis un banc de sauvegarde. D’une certaine manière, on pourrait dire que Team Cherry nous fait confiance à explorer et à encaisser les coups. D’une autre perspective, certains diront que l’escalade de difficulté est absurde. J’abonde dans les deux sens car j’apprécie cette liberté d’exploration bien que je préférerais une échelle plus graduelle en termes de défis.

C’est aussi un énorme problème pour ceux qui jouent Hollow Knight pour le récit. En réalité, le récit créé par Team Cherry a été initialement découvert par ceux qui ont enduré les passages abruptes et brutaux que ce soient les boss sans pitié où l’exploration des bas-fonds de Hallownest jusque dans les royaumes des rêves radiants. Ainsi, la découverte de la documentation qui forme l’histoire complète de Hallownest est faite par ceux et celles qui perdureront. Or, il est inutile de reprocher à Team Cherry de ne pas favoriser un plus grand éventail de joueurs car ils ont fait le jeu qu’ils voulaient faire. Le seul moyen pour eux de démocratiser l’industrie est par l’accessibilité du prix.

Au moment d’atteindre votre premier objectif principal à Pharloom, vous serez surpris par l’abondance de tout ce que vous avez exploré en plus de ce qui arrive. La quantité de secteurs dépasse bien sûr Metroid Dread en nombre, mais la taille de chaque secteur est plus petit en général. Dès que vous pensez avoir tout vu au moment d’atteindre un certain objectif, votre perspective entière pourrait être bouleversé.

La brillance de Pharloom est, encore une fois, repérée dans les interconnexions entre les secteurs et les petits secrets que vous découvrirez par vous-même grâce à son approche dite vieille-école pour la conception de niveau digne de Metroid. Prendre des notes sur ce qui est possible ou non et lire chaque détail peut prévenir certaines défaites et ouvrir l’univers de manière encore plus grandiose. Plusieurs personnages ont leur petit problème ou moment de dialogue. Parmi ceux-ci, vous découvrirez Sherma qui pense pouvoir ouvrir une porte avec son instrument de musique et Shakra qui joue le rôle de cartographe comme Cornifer qui s’aventurait à travers Hallownest. Cependant, Silksong peut être chaotique dans certains défis, créant plusieurs séquences où vous pourriez être frustrés. Ce fut mon cas. Souvent, ce fut mon inaptitude… mais j’ai parfois l’impression que le jeu voulait vraiment ma peau. Je ne nierai pas que j’ai poussé des soupirs et dit des mots crus à l’endroit du jeu et à ma personne. Or, persévérer et parfois y retourner une deuxième ou troisième fois après la réussite est important pour une rétrospection. Découvrir les réponses sans même avoir recours à un guide est l’accomplissement. Ne pas se faire dire ce que nous devons faire et y parvenir… est un accomplissement.

Hollow Knight : Silksong a quelques problèmes qui ne sont pas évidents à mentionner car le jeu, je le redis, est à un prix moindre de ce qu’il vaut. De quoi pouvons-nous nous plaindre si le produit n’est pas trop cher? Comme produit, c’est un accomplissement fulgurant. Comme jeu ou œuvre d’art, il y a des pépites ouvertes à la critique. Cependant, Hollow Knight a pris plusieurs mois de bouche à oreille pour obtenir le succès qu’il méritait et les gens, durant la pandémie COVID-19, ont trouvé un repaire qui se nommait Hallownest. Lorsque les gens revisiteront Silksong avec une perspective plus ouverte, nous découvrirons le véritable génie tissé à travers l’ensemble du produit. Comme produit à son prix, Hollow Knight : Silksong est une qualité rare : une perfection objective. Comme œuvre d’art, c’est comme avoir en sa possession une création authentique de Marcelle Ferron qui nous a coûté 25$ et qu’on se demande pourquoi c’est aussi magnifique et non dispendieux.

Ce n’est pas un jeu pour tout le monde malgré l’anticipation du produit en général et les blagues quant à son développement et dévoilement initial. Cela dit, c’est mieux de dépenser 25$ sur un produit accompli plutôt que 100$ sur un produit réalisé par un comité qui prenne chaque petite décision créative et lance éventuellement tous ses employés dans la gueule du loup, une gueule nommée une guerre culturelle qui expose les véritables misérables autour d’une table d’oranges qui se croient intraitables.

À qui puis-je recommander Hollow Knight : Silksong? Évidemment, si vous avez apprécié le titre original, il vous conviendra. Cela dit, il est plus difficile encore! Si vous êtes un amateur des jeux vieille-école dans l’approche de concept de niveau comme Metroid, vous trouverez un environnement où vous pourrez vous perdre. Si vous avez le sang-froid face aux défis extrêmes de ce genre, allez-y. Sachez que, peu importe votre statut comme enthousiaste du médium, votre résilience sera testée.

Fiche technique :
  • Titre : Hollow Knight : Silksong
  • Développeur/Éditeur : Team Cherry
  • Genre : Aventure/action avec accent sur exploration (Exploraction/Metroidvania)
  • Joueur : 1
  • Disponible sur : Windows (version testée depuis Steam, dispo sur GoG et Humble Bundle), Mac et Linux (Steam et GoG), My Nintendo Store (mise à jour gratuite pour version Nintendo Switch 2), Xbox (dispo pour membres Game Pass Ultimate) et PlayStation Store