De tous les directeurs d’Hollywood, M. Night Shyamalan est celui qu’on peut qualifier de vague. Ce qu’il fait est vague mais son succès est aussi vague. Que fait-il avec Divisé?

Je me suis tenu très loin de la promotion entourant de Split, j’ai cependant sû que M. Night Shyamalan est de retour. Bien que Le Sixième Sens (The Sixth Sense) avec un budget de $ 40 millions US reste pour plusieurs son meilleur projet, L’Indestructible (Unbreakable), et Signes (Signs) sont aussi classés parmi les quelques bons films de sa carrière. Après, on peut appeler ça une descente aux enfers avec L’Événement (The Happening) avec Mark Wahlberg (les maudits arbres) ou encore The Last Airbender. Après La Terre (After Earth) fut un autre échec malgré que le film ait fait dans son budget de $ 130 millions US, il semble que Shyamalan a décidé de revenir à la simplicité et c’est ce que La Visite (The Visit) aurait fait avec un budget $ 5 millions US.
Divisé, version française de Split, est un long-métrage du genre thriller psychologique mettant en vedette James McAvoy dans le rôle d’un homme qui a développé 23 personnalités différentes. Selon la campagne promotionnelle, une 24e est sur le point de surgir. Qu’est-ce que c’est exactement? Il faut le voir pour le comprendre. C’est autour de ses 23 personnalités qu’un personnage se dessine et ce personnage sera le kidnappeur de trois jeunes étudiantes dont l’une, Casey qui est jouée par Anya Taylor-Joy, devra faire régulièrement face à cet être énigmatique qui pourrait être aussi docile qu’imprévisible.
Durant le long-métrage, on fait aussi le bilan du personnage de James McAvoy en même temps que sa psychiatre, Dre. Fletcher jouée par Betty Buckley (Miss Collins dans l’adaptation cinématographique de Carrie en 1976). Cependant, Dre. Fletcher pense être capable de raisonner « James » mais qui est-ce dans son bureau?  Qui sont ces personnalités? Qui est réellement aux commandes dans la lumière?
Les moments les plus faibles sont les passages du passé (des flashbacks) qui seront là pour donner un peu de raison à Casey d’avoir certaines réactions. Ces moments étaient, jusqu’à la fin du film soit le « climax », absolument inutiles car ça nous sortait de l’environnement initial du long-métrage qui s’apparentaît à une prison. Certaines performances dont celles de Haley Lu Richardson (The Edge of Seventeen) et Jessica Sula (Honeytrap) passent inaperçues comme leurs rôles vont avantager l’exploration des personnalités du personnage de McAvoy. Il y a également certaines scènes où on se demande si ça valait réellement la peine comme des conférences et autres.

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McAvoy démontre, à travers les personnalités de son rôle, un potentiel énorme. Il est désormais un de ceux qui n’appartient pas à la catégorie d’acteurs avec des rôles « sans risque ».


Le reste du long-métrage démontre une passion pour le cinéma et c’est très certainement le meilleur film de M. Night Shyamalan depuis Signes ou Le Sixième Sens. La performance de James McAvoy et sa capacité à alterner les différentes personnalités démontrent son potentiel qui est excessif. On est loin de Charles Xavier dans la trilogie des antépisodes de X-Men (First Class, Days of the Future Past et Apocalypse) mais le fait qu’on peut maintenant l’associer à un rôle différent me rappelle un certain Edward Norton, un autre acteur sous-évalué malgré des performances diverses et grandioses (American History X, Primal Fear et Birdman) en dehors de Bruce Banner dans The Incredible Hulk. McAvoy explose dans un délire et un sérieux profond à travers ses multiples facettes. Au final, on se demande qui est devant Dre. Fletcher. Il y a d’ailleurs une scène où l’une des personnalités du personnage de McAvoy est littéralement un enfant et danse sur une musique. Cette scène est un peu symbolique mais ça prouve qu’il s’est donné à fond et qu’il faut réellement observer le film en entier pour comprendre la raison de cette scène. On est loin du Shyamalan prétentieux bien que certains passages et longs monologues soient encore là. Dans un film où on tente de discerner l’un de l’autre, je peux comprendre la nécessité de telles lignes. On explore quelqu’un qui souffre essentiellement de trouble dissociatif de l’identité (d’où la comparaison avec Edward Norton dans Primal Fear).
L’ensemble du film est extrêmement bien tourné avec l’éclairage optimal et l’absence total d’effets spéciaux extravageants. Le tout est claustrophobique sans nécessairement tomber dans la violence excessive. Étrangement, la violence présente dans ce film est crédible grâce un travail magistral sur le maquillage et les effets sonores. Oui, on voit des blessures et des cicatrices mais on est loin du ridicule ou l’absence totale de mutilation dans des films qui sont censés être présents dans un film d’horreur typique. Chaque plan est solide et on a parfois des transitions entre les plans qu’on trouve généralement dans les films à la base et des plans selon les points de vue de personnages comme si participait aussi à certaines séquences.
Ce que j’apprécie de Shyamalan dans ce film en particulier, c’est qu’il ne m’a pas pris pour un imbécile. Un spectateur intelligent qui aura noté les discours et les mentions par McAvoy et Dre. Fletcher pourront cerner ce qui va arriver. Les « flashbacks » font du sens à la fin mais… le film ne nous laisse pas sur notre faim. Toutes les questions sont répondues et le dénouement final avec la surprise pourrait faire réagir certains cinéphiles.
Vous dire les détails pointilleux, ce serait vous gâcher le film. C’est un long-métrage que je trouve difficile à recommander étant donné que c’est M. Night Shyamalan. Cependant, on a un projet qui a été fait avec passion avec des performances plus qu’acceptables alors celle de James McAvoy fut excellente. C’est un film avec une qualité de production bien sentie, les plans sont bien choisis. Si on enlève les flashbacks, on se retrouve avec un meilleur film mais si on comprend la fin, on peut finir par les accepter. Une fois que vous avez vu le film, n’ayez pas peur de chercher « Split Twist Ending » ou quelque chose comme ça.
Verdict: James McAvoy explose dans un retour en forme pour M. Night Shyamalan. Divisé est un film qui divisera… mais amènera une discussion sur la maladie mentale et la suite des projets de Shyamalan.